Note éditoriale : cette tribune reproduit le texte fourni par son auteure. Les statistiques, les affaires citées et les affirmations juridiques n’ont pas été vérifiées indépendamment. La version anglaise est une traduction.
Mise à jour de contexte : dans l’affaire Diane Yangwo, la peine initiale avec sursis citée par l’auteure a été portée en appel à 20 ans de prison ferme le 15 octobre 2025. StopBlaBlaCam ↗
Je porte le rouge aujourd'hui. Le rouge du sang versé. Le rouge de la colère. Le rouge de l'urgence.
Parce qu'au Cameroun, une femme n'est plus en sécurité nulle part — ni dans la rue, ni dans son couple, ni dans sa propre maison.
Les chiffres sont alarmants! Statistiques sur les féminicides en 2026
Janvier – Février : Au début de l’année, 26 cas de féminicides ont été recensés.
Janvier – Avril : Le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) a fait état de 50 meurtres brutaux de femmes. Ces chiffres s’accompagnaient de 166 cas de viols et de 13 cas d’infanticides.
Pic du mois d’août : Une forte recrudescence des féminicides a été observée entre le 17 et le 23 août, période au cours de laquelle 8 femmes ont été tuées en une seule semaine. Le bilan officiel a dépassé 60 victimes, tandis que certains décomptes issus de la société civile estimaient le nombre de décès à plus de 80.
Contexte des années précédentes
Les violences faites aux femmes connaissent une progression préoccupante au Cameroun depuis plusieurs années :
- 2023 : entre 42 et 50 cas recensés ;
- 2024 : 67 cas recensés ;
- 2025 : 77 cas recensés.
Ces données illustrent une tendance à la hausse des féminicides au Cameroun, voir une hausse de plus de 50% , tendance qui menace de battre tous les records.
Derrière chaque chiffre, un visage. Une adolescente de 17 ans, enceinte, décapitée dans un champ à Nkolmetet. Une fillette de 11 ans tuée à Nkoabang. Une mère de trois enfants, Diane Yangwo, morte sous les coups de son époux à Douala et tout recemment une Dame egorgé brutalement dans une chambre de l’hôtel Salvador au quartier Fouda à Yaoundé.
Et dans la grande majorité des cas, l'auteur n'est pas un inconnu. C'est le mari. Le compagnon. L'ex. Celui qui avait juré protection ou qui est censé protéger!
En tant qu'avocate, je le dis sans détour : notre arsenal pénal est aujourd'hui inadapté à la réalité qu'il est censé combattre.
- Le Code pénal camerounais ne connaît pas le mot « féminicide ». Il ne réprime que l'homicide (article 275) et l'assassinat (article 276), sans reconnaître le mobile sexiste ou le contexte conjugal comme circonstance aggravante autonome.
- Résultat : des meurtres de femmes requalifiés en « coups mortels », jugés avec une clémence qui insulte la mémoire des victimes — comme cette condamnation à cinq ans avec sursis pour la mort de Diane Yangwo, immédiatement dénoncée comme un « verdict de la honte ».
- Le viol conjugal n'est toujours pas explicitement incriminé et pourtant moult sont celles qui sont sauvagement violées par leurs conjoints
- Le Cameroun a pourtant ratifié la CEDAW et le Protocole de Maputo. Des engagements solennels, restés presque lettre morte dans notre droit interne.
- Un projet de loi spécifique sur les violences faites aux femmes est en discussion depuis 2023. Trois ans plus tard : toujours pas de texte adopté.
Ce vide juridique n'est pas neutre. Il envoie un message : tuer une femme au nom de la jalousie, de l'honneur ou de la colère coûte moins cher que d'autres crimes. Ce message doit cesser.
- L'incrimination autonome du féminicide, avec la relation de couple et le mobile sexiste comme circonstances aggravantes explicites.
- L'incrimination claire du viol conjugal.
- Des ordonnances de protection d'urgence, accessibles le jour même pour toute femme en danger.
- L'adoption sans délai du Code des personnes et de la famille, en attente depuis près de trente ans.
- Des peines dissuasives et appliquées — pas des sursis qui libèrent les bourreaux.
- La formation systématique des magistrats, des officiers de police judiciaire et des forces de l'ordre à la spécificité des violences basées sur le genre.
- Un système national fiable de collecte des données, pour que cesse le sous-signalement qui cache l'ampleur réelle du fléau.
- Un accompagnement psychologique, social et judiciaire réel pour les victimes et les survivantes — pas seulement des textes de loi.
Je refuse que ces meurtres continuent d'être traités comme de simples « faits divers » ou des « drames passionnels ». Ce ne sont pas des drames. Ce sont des crimes. Et tant que notre droit hésitera à les nommer, notre justice continuera de les minimiser.
Je condamne, avec la dernière énergie, cette violence qui tue nos sœurs, nos filles, nos mères, nos clientes. Je condamne le silence complice des amis, des voisins, la pression familiale à la réconciliation forcée, la diabolisation de la separation et/ou du divorce par la religion et la légèreté judiciaire qui laisse repartir libres les auteurs de ces crimes.
Le Cameroun ne peut plus se contenter de compter ses mortes. Il doit protéger ses vivantes.
#StopFéminicidesCameroun #JusticePourLesFemmes #DroitDesFemmes
Me KEUSSA Joël Clémence Avocate au Barreau du Cameroun
